En amour comme à la guerre

 

Histoire par: gelfling21

Écrite par: gelfling21

Dirigée par: CN Winters et Susan Carr

Produite par: CN Winters et Susan Carr

Éditée par: Kate

Direction sonore: Steff

Directeur artistique: Chris Cook

Artistes: Chris Cook, David Zahir, Cynthia Taz, CN Winters

Traduction par: Hélène Fortier

Introduction

EXT. Autoroute 80, presque déserte

Nevada

Désert du Nevada, Janvier 2000

Le camionneur lâcha le volant d’une main et se frotta les yeux. À certains endroits, le désert du Nevada était aussi noir que de l'encre. Et même avec les phares allumés, son immensité semblait avaler la lumière de telle sorte qu'il était extrêmement difficile pour le conducteur de voir devant lui. Et sur les côtés, c'était le noir total. Le nuage qui couvrait l'horizon cachait la lune et les étoiles.

La seule chose qui lui indiquait qu'il était toujours sur la route étaient les phares arrières du véhicule qui le précédait. Il était heureux d'avoir de la compagnie.

L'autre conducteur était pressé, et il disparut assez vite de son champ de vision.

Soudain, la radio de son véhicule grésilla, le faisant sursauter. Il leva les yeux au ciel au son de la voix qui l'appelait.

"Rob? Le client veut connaître ta position.

Au lieu de répondre, le conducteur mit en marche le lecteur de CD et monta le volume pour ne plus entendre la radio.

"Promise me son not to do the things I've done

**Mon fils, promets-moi de ne pas faire les mêmes erreurs que moi**

Walk away from trouble if you can

**Tiens-toi loin des ennuis si tu le peux**

It won't mean you're weak if you turn the other cheek

**Ça ne voudras pas sire que tu es un lâche si tu t'en vas**

I hope you're old enough to understand

**J'espère que tu es assez vieux pour comprendre**

Son, you don't have to fight to be a man."

**Que tu n'es pas obligé de te battre pour être un homme**

Il chantait, et bailla au beau milieu du refrain. Le dix-huit roues continua de rouler, allant de plus en plus vite.

EXT. Autoroute 80, presque déserte

Nevada

Plus loin, une camionnette sans plaque d'immatriculation était stationnée sur l'accotement. Un homme, habillé en militaire et portant une épinglette où était écrit le nom Sgt. Donnelly, était appuyé contre la portière du côté passager.

"Qu'est-ce que tu fais là? Le Colonel veut que le prisonnier arrive à 8h tapantes et on est en retard sur notre horaire. Bouge ton cul," cria Donnelly dans l'obscurité qui l'entourait.

Il frissonna dans l'air froid de la nuit. "Allez, allez," dit-il dans un souffle. Il regarda de chaque côté de lui et ne vit rien. En fait, il n'arrivait même pas à voir le bout de ses pieds tant il faisait noir.

Il prit une longue bouffée de sa cigarette et regarda le bout de braise incandescente, seule lueur dans le grand désert sombre.

Donnelly secoua la tête, pensant que ses yeux lui jouaient un tour. Alors qu'il continuait de fixer la cigarette, la lumière se divisa en deux…puis trois. Deux de ces lueurs devinrent plus grandes et se dirigèrent vers lui.

"Mais qu…!" Il échappa sa cigarette en voyant que l'autre véhicule roulait droit vers lui. Il contourna sa camionnette à toute vitesse et voulut déverrouiller la portière du côté conducteur. Mais ses mains tremblaient tellement que les clés lui glissèrent des mains et tombèrent sur le sol.

"Merde!" Donnelly se mit à genoux et essaya de retrouver les clés dans les ténèbres. Après les avoir ramassées, il ouvrit la porte et s'assit à l'intérieur. "Allez, allez, allez…"

Les phares s'approchaient dangereusement, et il pouvait maintenant entendre le son du moteur de l'autre véhicule qui s'intensifiait. Beaucoup trop. Pour avertir de sa présence, Donnelly klaxonna avec sa main gauche tout en continuant de se battre avec ses clés.

Sur la dune de sable, le détective privé Mattick terminait de répondre à l'appel de mère nature. "J'arrive, j'arrive," maugréa-t-il en entendant le klaxon. "Relaxe, le feu est pas prit," ajouta-t-il.

Donnelly réussit à mettre le contact. Il enfonça la l'accélérateur, le volant tourné vers la droite. La camionnette bougea mais il était trop tard.

"Oh Seigneur," dit doucement Donnelly. C'était sa dernière prière avant de sentir un morceau de métal lui percer les côtes.

Mattick entendit l'impact et un bruit de tôle froissée. Il remonta la fermeture éclair de ses pantalons et remonta en courant sur la dune derrière laquelle il était. Il vit la camionnette détruite dans la lumière des phares d'un autre véhicule. Mattick accourut et vit que deux hommes se tenaient près de la porte ouverte de la camionnette.

"Oh mon Dieu!" dit Mattick. "Qu'est-ce qui s'est passé?"

"Tout va bien," lui dit calmement un des étrangers.

Mattick s'approcha de Donnelly. Celui-ci était couvert de sang et ses côtes étaient transpercées et le détective crut même en apercevoir les os. D'une main tremblante, Mattick le fit se redresser. Sur le front de Donnelly, il y avait du sang. Et un petit trou. Un trou fait par une balle de fusil. Avant que Mattick puisse réagir, deux coups de feu silencieux et le détective s'écroula, sans vie, sur Donnelly.

Les deux étrangers retournèrent vers l'arrière de leur propre camionnette. Quelques instants plus tard, ils sortirent une motocyclette munie d'un side-car. Ils revinrent à l'arrière du véhicule des policiers et brisèrent la serrure. Éclairant l'intérieur avec une lampe de poche, ils dirent simplement, "Votre présence est requise."

Ils guidèrent le prisonnier, qui n'opposait aucune résistance, vers le side-car. Ensuite, les deux hommes placèrent les camionnettes au milieu de l'autoroute et, quelques instants plus tard, ils partirent sur la moto.

INT. Camion – Quelques instants plus tard

Nevada

Le camionneur conduisait son camion d'essence. Après une courbe, il arriva face à face avec deux camionnettes. Il enfonça la pédale de frein et tourna le volant. Le camion se mit à glisser sur le côté, Le son de la guitare sur le CD accompagnèrent le crissement des pneus.

Le conducteur n'eût pas le temps de crier.

Une boule de feu s'éleva au son de l'explosion, éclairant le ciel du désert. Le bruit et la vague de chaleur atteignit les trois hommes sur la moto. Seul l'homme dans le side-car tourna la tête en direction de la provenance du son.

EXT. Autoroute 80 – Matin

Nevada

Un groupe de soldats en tenue de camouflage examinaient la scène du crime. L'un d'eux s'approcha de l'officier qui les accompagnait et salua.

"Agent Davis," dit le général en ne tenant pas compte du geste, trop occupé à surveiller son équipe.

"Donnelly et Mattick sont morts, Général. Ils ont été sévèrement brûlés. Nous n'arrivons pas à retrouver le conducteur de la seconde camionnette. Et le camion est complètement bousillé, monsieur."

"Et le prisonnier?"

"Disparu, monsieur."

"À qui appartenait l'autre camionnette?"

"Nous n'en savons rien, monsieur. Nous n'arrivons pas à trouver une quelconque identification. Pas de plaque, rien."

Le général grogna et le silence s'installa.

"Général…en ce qui concerne la police et les pomp…"

"Ils ne savent rien…et c'est bien mieux comme ça. On leur a dit que le site était contaminé, alors ils vont se tenir à distance." Le général fit face au jeune soldat. "Vous savez ce que vous avez à faire, Agent. Je veux ravoir Ethan Rayne!"

"Nous allons le rattraper, monsieur. Je vous l'assure."

"Bon, allez-y," dit le général avec un air préoccupé.

Le sergent fit un petit signe de tête et retourna à ses occupations. Le général, quant à lui, continua de regarder au loin dans le désert.

 

Acte un

EXT. QG des Observateurs

Cleveland

De nos jours

"J'arrive pas à le croire…c'est trop cool!" s'exclama Dawn Summers, dans la voiture de Giles, alors que ce dernier se garait en face du nouveau quartier général des Observateurs.

"Quoi? Je ne croyais pas que Cleveland te ferait autant d'effet après Sunnydale, Glory, la résurrection de Buffy, la quasi-destruction du monde par Willow, et cette rencontre avec le 'Premier'," la taquina-t-il.

"N'oubliez pas la cuisine d'Andrew," répondit Dawn. "Mais Giles! C'est excitant! De nouvelles tueuses, de nouveaux observateurs, un nouveau conseil, …"

Elle le regarda et vit qu'il hochait la tête.

"Une nouvelle voiture…" ajouta-t-elle.

"Ah. Oui," dit Giles, son visage s'éclairant soudain. "C'était un bon choix, je crois. Aimerais-tu faire le tour du terrain dedans?"

"Bien sûr, mais plus tard. Je veux vraiment voir Willow."

"Évidemment. Je pense qu'elle aussi est très impatiente de te revoir."

Giles sortit de la voiture et ouvrit le coffre. Dawn s'approcha de lui alors qu'il sortait sa valise.

"Giles…"

"Oui, Dawn?"

"Je…" Elle le fixait, la bouche restée ouverte. Il attendit patiemment, mais tout ce qu'elle fit fut sourire. "Je pense que je vais bien m'amuser…ici…avec vous tous."

Elle haussa les épaules et souleva une des valises.

"Donne," lui dit Giles et prit la valise qu'elle venait de ramasser. Ensemble, ils se dirigèrent vers l'entrée de l'immeuble.

INT. Salle de magie de Willow – Au même moment

Cleveland

Cinq élèves sursautèrent quand une flamme apparut sur le recueil de sorts de Willow. Elle jeta un autre livre dessus pour étouffer le feu.

"Est-ce que ça n'aurait pas été plus simple de dire 'fuego stop' ou quelque chose du genre?" dit une jeune fille.

"C'est toujours plus facile d'utiliser la magie…surtout pour combattre la magie," répondit Willow, "mais ce n'est pas toujours la meilleure chose à faire."

"Tant que ça fait la job," dit Kennedy en arrivant.

Willow la regarda et sourit. "C'est exactement ce que je pensais avant. Mais on en reparlera demain."

Willow se tourna vers le jeune homme de 16 ans qui avait allumé le feu avec un sort.

"Désolé," dit-il en haussant les épaules, embarrassé.

"Ça va, Jeffrey," soupira Willow en regardant le livre fumant. "Mais à l'avenir, utilise moins d'énergie pour 'allumer une chandelle sans allumette'. Par contre, si le test avait été 'mettez le feu à un livre', tu aurais eu un A+," ajouta-t-elle.

"Continue comme ça, H.P.," le taquina une autre élève en faisant référence à Harry Potter. Les deux autres jeunes filles de la classe gloussèrent. Willow souleva le livre du dessus et vit que les deux bouquins étaient abîmés, mais pas complètement détruits.

"Tu vas apprendre à contrôler ton pouvoir," dit Willow à Jeffrey. Puis, reportant son attention sur le groupe, elle annonça, "Bon, on arrête plus tôt aujourd'hui parce que…"

"Tu as peur que Jeffrey mette le feu à l'immeuble?" demanda Rick, le seul autre garçon du groupe.

Willow se retint pour ne pas sourire. "Non, j'ai de la famille qui vient nous visiter," leur dit-elle. "Et vous savez tous ce que vous avez à faire pour le prochain cours, alors…à demain."

Le groupe quitta la pièce. Willow tenait toujours le livre dans ses mains. "Merci mon Dieu que les gicleurs ne se soient pas déclenchés cette fois," dit-elle alors que Vi et Kennedy passaient près d'elle.

Des voix enjouées s'élevèrent dans le corridor. "Quelqu'un voudrait te voir." Au son de la voix de Giles, Willow leva la tête et le vit entrer dans la pièce en compagnie de Dawn.

"Willow."

"Dawnie!"

Willow avança vers elle, mais s'arrêta subitement. Elle venait de remarquer que Dawn avait passé d'adolescente à une magnifique jeune femme. Elle s'enlacèrent, un grand sourire leur éclairant le visage. Giles les regardait faire, sans avoir remarqué son propre sourire. Il fit signe à Vi et Kennedy de le suivre pour laisser les deux autres rattraper le temps perdu.

"Dawnie, Dawnie, tu es magnifique! Je suis tellement contente que tu sois là!"

"Oui, moi aussi!" Dawn la serra encore une fois dans ses bras.

"Tu m'as vraiment manqué."

"Moi aussi je me suis ennuyée de toi."

Elles se séparèrent.

"On dirait que tu as grandi," dit Willow. "J'aurais vraiment aimé que Buffy vienne avec toi."

Dawn ne sembla pas d'accord.

"Oh-oh," dit Willow en soupirant. "Qu'est-ce qui s'est passé?"

Dawn hésita et détourna les yeux. "Rien," répondit-elle après un moment. "C'est juste que…tout le temps qu'on passe ensemble est assez dur à…gérer."

"Comment ça? Je veux dire…je pensais que vous vouliez passer du temps ensemble, loin de l'habituel 'tuer-les-vampires-combattre-les-démons-sauver-le-monde'…"

"Être la sœur de LA Tueuse était dur. Mais être la sœur de la tueuse RETRAITÉE, est…encore pire."

"Mais vous pouvez créer des liens, non?" demanda Willow.

"Ouais, c'est sûr. Mais j'ai vraiment besoin d'une pause, loin des 'où est-ce que tu t'en vas, avec qui, qu'est-ce que vous allez faire, quand est-ce que tu vas revenir, et tu ne vas pas mettre ça pour y aller, hein?'.

Willow alla répondre quelque chose mais se retint et dit plutôt, "Bien…là c'est les vacances de l'Action de Grâce. Alors relaxe, petite sœur, comme dirait Faith."

"Faith. J'avais complètement oublié qu'elle était ici."

"En fait, elle n'est pas là," dit Willow. "Elle partie avec Robin. On a découvert deux nouvelles Tueuses, alors ils sont allés les chercher. Et on a aussi une nouvelle Observatrice, qui n'est pas là non plus présentement. Elle s'appelle Rowena Allister. Elle est allée passer ses vacances en Nouvelle-Écosse…avec sa famille. J'étais un peu jalouse, mais ensuite Buffy a appelé pour demander si tu pouvais venir ici et…tu es là…Je suis sûre que tu vas adorer ça."

"J'ai hâte," dit Dawn.

"Ok, alors allons voir ta chambre."

Willow ramassa ses livres et passa un bras autour de la taille de Dawn. Celle-ci fit de même. Ensemble, elle quittèrent la pièce en refermant la porte.

Quelques secondes plus tard, un jet d'eau sortit de l'arroseur au plafond et se mit à gicler sur les meubles et le plancher.

INT. Bureau – Même jour

Londres

"Oui, oui, un travail bien fait. Levons nos verres à votre santé et à celle de l'Organisation!"

Les verres de Sir Cyril Rodham et son invité s'entrechoquèrent, et l'hôte avala le contenu du sien d'un trait. Il se resservit.

De l'autre côté de la pièce, Ethan Rayne sirotait son scotch. Son regard quitta Rodham un instant pour aller se poser sur une paire de jambes dans un coin de la salle. Leur propriétaire était cachée dans l'ombre.

"Laissez-moi vous parler de votre prochaine mission," dit rapidement Rodham. "Je crois que vous aller adorer. Bon, d'accord, peut-être pas autant que ce que vous avez fait en Autriche, mais certainement autant que votre mission à Beijing. Et j'ai aussi une bonne surprise pour vous," dit gaiement Rodham. "Vous aurez un assistant. Une personne avec beaucoup de ressources et assez…"

"Je travaille seul," l'interrompit Ethan. Son ton était si sec que le sourire de Rodham s'effaça complètement.

"Sérieusement, vous serez accompagné d'une jeune femme de grand talent et…"

"Je m'en fou si vous me demandez de faire équipe avec David Copperfield dans un tutu rose. Je travaille seul."

"Vous n'avez pas l'air de comprendre," dit Rodham avec un sourire méchant. "Nous vous offrons de vous payer généreusement pour cette mission."

Un éclair de colère passa dans les yeux du sorcier.

"Je ne suis pas du genre à me faire acheter," dit Ethan. Après une courte pause, il ajouta, "En fait, je le suis. Mais mes méthodes ne laissent aucune place pour des 'assistants'."

"Vous allez quand même travailler ensemble, cette fois," continua Rodham. "Ou est-ce que je vais être obligé de vous rappeler qu'on a sauvé votre misérable vie et qu'on pourrait très bien y mettre fin, comme on a fait pour les autres dans ce désert américain. N'oubliez pas qui vous a sorti d'entre les mains de l'Initiative, Ethen, et qui pourrait vous y remettre."

Ethan réfléchit un moment aux différentes options qui se présentaient à lui. Puis, il se détendit et se mit à rire.

"Ok, je m'en occupe. Mais je ne promet rien en ce qui concerne sa survie."

Ethan reposa son verre et lança un coup d'œil à la femme dans l'ombre. Il reporta ensuite son attention sur Rodham.

"Bon, parlez-moi donc de cette mission et de mon…'assistante'."

"Viens ici, ma belle," dit Rodham avec un sourire victorieux.

Une jeune femme émergea de l'ombre. Elle avait un joli visage et des cheveux tirant sur le roux. Quand elle arriva près de Rodham, celui-ci lui prit la main.

"Ethan Rayne, je vous présente Mademoiselle Amy Madison."

INT. Boeing 747 - Aéroport – Tôt le matin

Londres

"Bienvenue à bord du vol 923 à destination de Cleveland, Ohio, passant par Washington. Voici quelques mesures de sécurité à prendre…"

"Laisse-moi faire," dit Ethan, la vois mielleuse.

Il souleva le sac d'Amy avec difficulté.

"Qu'est-ce que tu as là-dedans, toute la collection des ré-éditions de 'Anna Kerenina' et une chaise pour les lire?"

Amy fit un sourire feint et rit.

"Non," dit-elle, "juste quelques petites choses pour les sorts." Elle prit le magazine qui se trouvait à l'arrière du siège et commença à le feuilleter.

Ethan essaya de mettre le sac dans le compartiment au-dessus d'eux, mais la fermeture éclair s'ouvrit. Un objet tomba aux pieds de l'homme.

Il se pencha pour le ramasser. L'objet était plutôt étrange. Plaqué nickel, circulaire et complètement ouvert. C'était un morceau de métal de la forme d'une roue de mesurant pas plus que vingt centimètres de diamètre.

"Qu'est-ce que c'est?" demanda-t-il. "C'est pour lancer des sorts?"

"Donnez-moi ça!" s'exclama Amy.

"Ou peut-être que ça sert à autre chose…quelque chose de cochon?"

"S'il vous plait," continua-t-elle.

"Mais veux-tu bien me dire ce que…oh!" Le visage d'Ethan s'éclaira soudain. "Je sais ce que c'est," dit-il en souriant. "Mais qu'est-ce que tu fais avec ça? Tu appelle le dieu des hamsters démoniaques au cas où tu serais attaquée par de la laitue?"

"Donnez-moi ça!" dit Amy entre ses dents. Elle empoigna la roue.

"Oh, dis-moi pas que tu voyages avec un rongeur!" dit Ethan.

Amy le regarda.

Ethan se mit à rire, comprenant qu'il venait en quelque sorte de parler de lui-même. Amy en profita pour lui arracher la roue des mains et la remis ensuite dans son sac.

"C'est personnel, et je ne veux pas en parler. Vous ne comprendriez pas."

"Ça tombe bien parce que je ne veux pas comprendre."

"Monsieur, restez dans votre siège," lui-dit une hôtesse.

Il obéit et attacha sa ceinture de sécurité. "Stupide moyen de transport," maugréa-t-il. "On serait déjà là si on s'était télé-portés…"

"Cyril veut qu'on fasse connaissance," dit Amy. "Il a pensé que le voyage nous serait utile."

"Ma chère Mademoiselle Madigan…"

"Madison."

"…on a déjà fait connaissance. On s'est rencontré dans le bureau de Cyril, quand j'ai été informé de ton rôle dans ma mission…"

"Notre mi…"

"…et votre potentiel. À présent, si ça ne vous dérange pas, j'aimerais bien dormir."

"Ça me dérange," dit-elle. "Et Cyril aussi. On devrait parler de notre travail."

"Pourquoi? Tu ne sais pas ce qu'on va devoir faire?"

"Je…Bien sûr que je le sais."

"Alors on n'a pas besoin d'en parler davantage."

"On n'en a pas parlé du tout!"

"Exactement."

"Écoutez…Cyril veut…"

"Je sais très bien ce qu'il veut," dit-il. "Je sais aussi très bien comment m'arranger pour qu'il soit content. Alors pour l'instant, suis les ordres et tout va bien aller."

"Je peux poser une question?"

"Si tu n'as pas le choix."

"Ça fait longtemps que vous vous sentez menacé par les femmes?" demanda-t-elle.

"Je ne me sens pas menacé par les femmes. Seulement par celles qui se sentent menacées par les hommes."

"Pas de problèmes de ce côté."

"Je n'ai rien à prouver," dit-il. "Ni en tant qu'homme, ni en tant que mage."

"Peut-être que Cyril n'est pas d'accord."

Ethan lui fit face. "Peut-être. Mais il m'a donné une augmentation de salaire pour que j'accepte de t'emmener. Qu'est-ce que ça veut dire d'après toi?"

"Ça veut dire que vous seriez mieux de travailler avec moi pour que je ne fasse pas de rapport négatif quand on sera de retour. Même vous, vous ne voudriez pas décevoir Cyril et l'Organisation."

"Bon, d'accord. Qu'est-ce que tu veux savoir sur notre mission?"

"Dragonspear Associates...ce sont des agents d'immeuble, vrai?" s'enquit-elle.

"Vrai."

"Ils essaient d'ouvrir un complexe sportif à Cleveland, n'est-ce pas?"

"Oui. Mais la population est contre le projet. Trop de centre commerciaux, trop de problèmes de circulation dur les routes, trop de petites entreprises obligées de fermer, trop de familles qui devront déménager, trop de taxes, trop de problèmes environnementaux…ce qui pourrait pousser le Conseil de Ville à voter en faveur de l'abandon du projet. Ce qui priverait Dragonspear d'une base solide à Cleveland."

"Alors on doit influencer le Conseil de Ville…"

"Ma belle, on ne va pas du tout les influencer. On va carrément les plier à notre volonté. Quand on arrivera, tu va m'aider en lançant un sort qui poussera les conseillers et les dirigeants à accepter toutes les offres de Dragonspear Associates…et pas seulement en ce qui concerne le complexe. Dragonspear a d'autres projets dans la région. Et si le sort fonctionne – et il va fonctionner – on s'occupera de d'autres villes – New York, Los Angeles, Washington, Londres, Tokyo, Hong Kong, et plusieurs autres. Mais pour l'instant, on se contente de Cleveland."

"Comment comptez-vous lancer un sort sur une telle étandue?" demanda-t-elle.

"Ça, c'est à moi de m'en inquiéter. Toi, tu fais ce qu'on te dit et aucun de nous aura un rapport négatif à faire en revenant à Londres."

Amy fixa son attention sur le dossier du siège devant elle. Elle ne bougea pas pendant un certain temps.

Ethan ferma les yeux et se détendit.

"M. Rayne," commença doucement Amy.

L'homme ouvrit les yeux. "Oh, ça va faire. Appelle-moi Ethan."

"Ethan. Appelez-moi Amy."

Il leva les yeux au ciel.

"Ethan…merci. Je…je suis contente d'avoir la chance de travailler avec quelqu'un de votre c…"

"Ma belle…Amy. Apprend de tes supérieurs. Imite-les. Si tu n'as pas le choix, discrédite-les. Mais jamais, au grand jamais, tu ne dois les remercier. C'est un signe de faiblesse. Et la faiblesse va causer ta perte."

Ethan se tourna sur le côté, de telle façon qu'il faisait maintenant dos à la sorcière. Il ferma les yeux et sombra dans un profond sommeil.

Amy soupira de colère. Elle tapa du pied et feuilleta encore une fois le magazine, impatiemment.

Soudain, elle sortit la roue de son sac. Elle la tint par l'intérieur, à l'aide de ses index placés à 180 degrés l'un de l'autre, et la fit tourner. Elle la regardait fixement en accélérant le mouvement. Après un certain temps, sa respiration ralentit et ses épaules se détendirent.

INT. Salle de magie de Willow – Plus tard

Cleveland

Les pieds de Giles étaient juste sous le nez de Willow. Elle tenait l'échelle dans laquelle il était grimpé en place.

"Vous voyez quelque chose?" demanda-t-elle.

"Je vois beaucoup de choses," dit-il, la tête dans un trou au plafond. "Malheureusement, je n'ai aucune idée de ce que c'est."

"Il doit y avoir quelque chose qui ressemble à une conduite d'eau…" dit-elle. "Toute cette eau n'est pas venue de nulle part," maugréa-t-elle en levant un pied de la flaque dans laquelle est se trouvait. "On devrait peut-être appeler un plombier," suggéra-t-elle sur un ton qui laissait croire qu'elle l'avait déjà répété maintes fois.

"C'est insensé. On a éliminé des démons, des vampires, une déesse, et le 'Premier'," dit Giles. "On peut certainement arrêter une fuite sans l'aide de renforts."

Un bruit métallique suivit d'un "Ow!" incitèrent Willow à lever la tête. "Ça va?"

"Oui, oui, ça va. Je crois avoir trouvé le problème."

"Merci Gaia," dit Willow en roulant les yeux.

"Là," dit-il après un moment. "Je pense que c'est réparé. Oui. Oui, ça devrait aller…j'en suis certain."

Willow recula pour laisser Giles descendre, mais elle ne put retenir un gloussement.

Il fronça les sourcils. "Je sais, j'ai souvent droit à cette réaction quand j'agis comme un homme."

"Ce n'est pas ça," dit-elle. "Vos cheveux sont tous collés, et sont placés n'importe comment. Et votre visage est…bien…tout taché. Je veux dire, durant toutes ces années à combattre les démons, vous n'avez jamais défait une maille de votre veston. Mais cinq minutes dans le plafond à arranger un tuyau et on dirait que vous avez fait l'aller-retour jusqu'en enfer. Deux fois."

Giles se retint pour ne pas sourire. Il enleva ses lunettes et se mit à les frotter.

"Il n'y a rien de mal à faire un petit travail manuel de temps en temps. Ça fait du bien de se salir les mains."

Il remit ses lunettes. Les lentilles étaient tachées de graisse noire. "Merde!"

"Venez. J'ai un bon remède pour ça. Un peu de savon. Un peu d'eau." Elle sourit. "Et peut-être un peu de scotch."

Giles la suivit hors de la salle, fermant la porte derrière lui. Quelques secondes plus tard, la porte s'ouvrit à nouveau. Giles passa la tête à l'intérieur et regarda au plafond. Satisfait, il referma la porte.

Tout de suite après, l'arroseur se déclencha et l'eau jaillit encore une fois.

EXT. Parc municipal – Plus tard dans l'après-midi

Cleveland

Dawn et Giles marchaient dans le parc. La jeune femme inspira profondément l'air frigorifié.

Giles la regardait du coin de l'œil, se doutant que quelque chose la tracassait. Sentant le regard posé sur elle, Dawn décida de parler.

"Merci d'être venu avec moi, Giles. Je sais que vous êtes occupé à réparer le QG."

"Je ne sais pas si 'réparer' est le bon mot."

Dawn fit comme si elle ne l'avait pas entendu. "Et merci de m'avoir laissée venir pendant les vacances."

"Tu sais que tu es toujours la bienvenue. Je n'avais pas imaginé que Cleveland pourrait être une destination de choix pour des vacances…avec la bouche de l'enfer et tout le reste."

"Hé," répondit Dawn en lui souriant. "J'ai grandi sur une bouche de l'enfer. Et en plus, vous et Willow êtes ici." Son sourire s'effaça. "Vous m'avez manqué, et…"

Sa voix se brisa et elle pencha la tête en ralentissant un peu.

Après quelques pas, elle leva les yeux vers lui.

"Dawn? Qu'est-ce qui se passe? Des problèmes avec Buffy? Est-ce qu'elle va bien?"

"Buffy? Ouais, elle va très bien." Dawn grimaça et enfonça les mains dans les poches de son manteau. "Ma sœur qui comprend tout le monde sauf moi."

"Vous vous êtes disputées?" demanda-t-il. "Plus que d'habitude?"

"Pas exactement." Dawn soupira bruyamment. "Elle refuse de me parler à propos de…euh…mes choix en amour."

"Tes choix en amour? Pas un autre vampire, j'espère?"

"Non…Skye." Elle hésita, cherchant ses mots. "Ma blonde."

Dawn ne se rendit pas tout de suite compte que Giles ne la suivait plus. Quand elle se retourna vers lui, elle vit qu'il était en train de nettoyer ses lunettes. Son visage avait pris une teinte rouge, montrant son embarras.

Il lui jeta un coup d'œil, puis un deuxième, et un troisième. "Oh," dit-il finalement. "Oui. Bien. Je vois."

"Giles? Giles, ça vous dégoûte?"

"Quoi? Non. Bien sûr que non." Et pour le prouver, il remit ses lunettes. "Je suis surpris…c'est tout."

"Surpris que j'aie une blonde?"

"Bien sûr que non!" Il s'en voulut d'avoir répondit si rapidement. "D'accord, peut-être un peu. C'est juste que je croyais que…tu t'intéressais aux garçons. Et je vois que j'avais tort. Cependant, je ne vois pas pourquoi Buffy refuse de te parler à propos de…Skye, c'est bien ça?"

Dawn hocha la tête.

"Est-ce que c'est avec Skye personnellement que Buffy a un problème? Ou bien le fait qu'elle soit…une jeune femme? Je veux dire…c'est une jeune femme, n'est-ce pas? Elle a ton âge?"

"À peu près. Elle est à mon école, et oui, Buffy a un problème avec le fait que Skye soit une fille et pas un gars." Dawn se tourna vers les arbres près d'eux. "Tout est différent pour moi maintenant. Je ne comprend pas, Giles. Elle n'a aucun problème avec Willow, alors pourquoi est-ce qu'elle ne veut plus me parler?"

"As-tu parlé avec Willow? Elle pourrait peut-être…"

Dawn secoua la tête. "Pas encore. Si j'avais le chois, j'en parlerais à Tara, mais…c'est impossible." Elle le regarda. "De toute façon, Willow va agir comme Willow. C'est sûr qu'elle va m'accepter. Mais tout ça a rapport avec Buffy. Je veux dire, ça ne me dérange pas. Et elle oui."

"Je pense quand même que Willow pourrait aider. Sa propre expérience de 'sortie' a été loin d'être parfaite avec Buffy." Dawn voulut protester. "Oui, Buffy a fini par l'accepter. Mais au départ, ça n'a pas été facile. Elle a eu besoin de temps. Ça fait longtemps que tu lui en a parlé?"

"Je ne lui en ai pas vraiment parlé. Elle est rentré plus tôt que prévu la semaine passée, et…" C'était au tour de Dawn de rougir.

Giles se remit à frotter intensivement les verres de ses lunettes.

"Oui, je vois," soupira-t-il. "Ce n'était pas la meilleure façon pour elle de l'apprendre, tu ne crois pas? Elle a probablement seulement besoin d'un peu plus de temps. Aimerais-tu que je lui parle?"

"Oui. Non. Peut-être…Je pense qu'elle vous écouterais, Giles. Et même si elle ne veux pas l'admettre, elle respecte votre longue expérience."

"Oui, bien, je ne pense pas que ma 'longue expérience' est quelque chose dont je veux parler avec Buffy…"

"Je ne voulais pas dire sexuellement, Giles."

"Oh…"

"Bon…je ne peux pas dire que je suis lesbienne," continua Dawn. "Mais je ne vais pas me limiter. Willow ne l'a jamais fait, et après que Buffy soit morte – ne vous m'éprenez pas, vous étiez tous là pour moi – mais Will et Tara ont été ma famille. Et en ce qui concerne Skye, je l'apprécie beaucoup. C'est peut-être de l'amour, mais…" Dawn leva les yeux vers lui et fit un petit sourire rempli d'espoir. "Peut-être que ça aiderait si vous parliez avec Buffy. Je ne m'attend pas à ce que vous régliez tout, Giles. Mais vous arriverez peut-être à lui ouvrir l'esprit assez pour que je puisse au moins lui en parler."

Giles lui sourit. "Je vais voir ce que je peux faire."

"Merci, Giles." Après une courte pause, elle continua. "Et en passant, je ne suis pas venue ici pour ça. Je voulais vraiment tous vous revoir."

Le sourire de Giles s'agrandit. "Je vais lui parler."

Ils se remirent en route, le bras de Giles autour des épaules de Dawn.

INT. Hôtel Hyatt Regency – Tard dans l'après-midi

Cleveland

"Une chambre pour deux, monsieur?"

"Chambre pour…surtout pas! La jeune…femme…va s'enregistrer sous son propre nom."

"Bien sûr, monsieur," dit le réceptionniste. Il trouva le nom de l'homme dans l'ordinateur: Raymond, Edward. Il demanda à Amy son nom.

Elle allait dire son véritable nom, mais se reprit rapidement. "Adele…" Elle cligna des yeux, paniquée, puis se souvint. "Maddington."

Ethan fronça les sourcils avec dégoût.

"Vous logerez dans des suites adjacentes, avec une porte communicante…chambres 412 et 414. Elles sont prêtes, si vous voulez monter tout de suite."

Les deux collègues se rendirent à leur chambre respective sans échanger un mot. Ethen sortit ses vêtements de son énorme valise et les suspendit avec soin dans la penderie, en les lissant du plat de la main.

Amy, pour sa part, fourra négligemment son linge dans les tiroirs de la commode, sans se soucier de la manche de blouse qui dépassait de l'un d'eux. Elle alla dans la salle de bain et fit couler la douche, puis alluma la télévision à un poste de musique. Ensuite, elle se rendit furtivement jusqu'aux ascenseurs.

EXT. Près du Hyatt Regency – Un peu plus tard

Cleveland

En sortant du Hyatt Regency, Amy entra à l'Arcade Shopping Center. Plusieurs personnes étaient là pour faire leurs emplettes en vue de l'Action de Grâce, qui avait lieu le lendemain. Amy dénicha un téléphone public pas très loin de l'hôtel.

"Bonjour, poste d'appels intercontinentaux, comment puis-je vous aider?"

"Oui, j'aimerais appeler à Londres, à frais virés, au numéro..."

INT. Hyatt Regency – Même moment

Cleveland

Ethan donna de grands coups sur la porte communicante. "Je t'ai dit de baisser le son!" En écoutant plus attentivement, il entendit le bruit de la douche. Il soupira bruyamment, se déshabilla et se fit couler un bain.

EXT. Centre commercial – Même moment

Cleveland

"Oui, Cyril, je suis à un téléphone public. Oui, on a changé nos noms. Qu'est-ce que vous voulez que je fasse maintenant? Un sort d'éveil…oui…la bouche de l'enfer, elle est où?" Amy sortit un calepin et un stylo de son sac et commença à prendre des notes. "Je ne lui dirait rien…il n'en saura rien. Bien…c'est normal qu'une fille veule aller magasiner dans une grande ville, non? Il ne voudra pas m'accompagner. C'est à ce moment-là que je vais le faire…D'accord. Au revoir."

Amy regarda tout autour d'elle avant de raccrocher. Elle regagna sa chambre aussi vite qu'elle l'avait quittée.

INT. Hyatt Regency – Un peu plus tard

Cleveland

Quand Ethan sortit du bain, un message l'attendait sur le répondeur. C'était Amy.

"Salut, Eth…Je veux dire…Edward. C'est Adele."

"Pas vrai," répondit sarcastiquement Ethan.

"J'avais pensé qu'on pourrait peut-être manger ensemble ce soir, comme c'est notre première nuit ici. On pourrait parler de nos plans pour demain. Appelez-moi dès que vous aurez ce message."

Ethan frappa encore une fois sur la porte communicante.

Amy l'ouvrit et regarda l'homme, étonnée.

"Oh, désolé," dit-il. Il ne portait qu'une petite serviette qui ne cachait pas beaucoup. "Mais tu m'as demandé de communiquer avec toi dès que j'aurais ton message. J'aimerais bien souper avec toi…dès que je me serai habillé."

Il vit qu'Amy le détaillait du regard.

Ethan fit un petit sourire. "À moins qu'on commande quelque chose et que tu enlèves quelques couches de vêtements…"

Amy releva les yeux à toute vitesse et vit l'air moqueur de l'homme. Elle ferma la porte.

Ethan se mit à rire.

INT. Salon de Willow – Soir

Cleveland

"Alors, où est la petite sœur?" demanda le livre de Willow.

"Hmmm?" Willow tassa le bouquin et regarda Kennedy dans les yeux. La tueuse était couchée, la tête sur les cuisses de la rouquine, pendant que celle-ci lisait.

"Petite sœur?"

Kennedy se redressa. "Tu sais…Summers Deuxième"

"Oh…Dawn." Willow sourit. "Elle est déjà couchée. Le voyage l'a épuisée."

"Donc…je t'ai pour moi toute seule."

"Comme toujours."

"Bon, qu'est-ce qu'on fait? Je m'ennuie."

"Oh. Ok. Tu veux que je te résume mon livre? Il est vraiment fascinant."

L'air de désintéressement total de Kennedy voulut tout dire.

"Ok. Mauvais. Mauvais livre." Willow frappa la couverture et le mit sur la petite table. "Bon…qu'est-ce que tu penses d'une partie d'échecs? Je ne suis pas aussi bonne que Giles, mais je peux…"

"Je ne sais pas jouer aux échecs."

"Je…je pourrais t'apprendre…Ça serait le fun. Et ça serait cool de ne pas toujours me faire battre. Giles gagne à tout coup."

"Quand mon père a voulu m'apprendre en sixième année, ça ne m'intéressait pas. Et devine quoi! Rien n'a changé. Pourquoi pas les dames?"

Willow fronça les sourcils. "Et pourquoi on ne mangerait pas? Je ne sais pas pour toi, mais moi je trouve que la bouffe d'Andrew n'est pas toujours aussi bonne qu'il le prétend. J'ai vu un nouveau restaurant de sushi au centre-ville, et ça a l'air…"

"Du poisson mort, pas cuit? Est-ce que j'ai l'air d'une mouette? Pourquoi on ne mangerait pas italien? J'adore ça."

"Bien…j'aime pas vraiment les pâtes, mais…la pizza, c'est bon! Une bonne pizza au pepperoni, avec du vin, juste ici devant le foyer…j'ai même une cassette qu'on pourrait regarder, qui parle de l'Inquisition espagnole, que j'ai pas encore vue."

Kennedy gloussa. "Personne ne s'attend à l'Inquisition espagnole."

"Hein?"

"Monty Python? La chaise confortable et une dévotion fanatique au Pape? Tu vois? …Ok, tu vois pas. Eh bien, on pourrait regarder ça à la place."

"Hum…ouais, mais…je ne suis pas une grande fan de l'humour britannique."

"Niaise-moi pas. Tu aimes bien Giles, et tu dois admettre qu'il peut être vraiment drôle quand il veut."

Willow haussa les épaules. "Il n'est plus vraiment britannique. Il a été américanisé."

Kennedy la regarda impatiemment. Puis, elle commença à taper des doigts sur sa cuisse.

"Ok, Chérie," dit Willow. "On peut regarder Monty Python si tu veux."

Kennedy tapa des doigts encore quelques fois avant de s'arrêter. "J'ai une idée," dit-elle en regardant sa copine du coin de l'œil. On va dans la chambre, on se déshabille et on regarde Gone with the Wind. Avec un bol de pop-corn…et toi! Deux Scarlets feraient mon affaire. Ça te tente?"

Après un court moment, Willow lui fit un sourire. "On fait la course," dit-elle en fonçant vers la chambre, Kennedy sur les talons.

 

Acte deux

INT. Cuisine du Conseil des Observateurs – Matin

Cleveland

Dawn bondit joyeusement dans la cuisine.

"Salut!"

"Aieeek!" s'exclama Andrew en se retournant en sursaut, son tablier voletant comme une jupe. Il brandit une spatule sous le nez de l'adolescente. "Fais pas ça!" lui dit-il.

"Sinon quoi? Tu vas me faire tourner?"

"Quand je t'ai laissée," dit-il en tenant la spatule devant lui comme s'il s'agissait d'une épée, "j'étais seulement un apprenti. Maintenant," ajouta-t-il en se retournant et en glissant la spatule sous les œufs, "je suis le chef-cuisinier."

Dawn perçu un mouvement du coin de l'œil. En se retournant, elle vit un garçon de son âge lever les yeux au ciel. Il avait les cheveux foncés et ses yeux étaient d'un bleu éclatant.

"Salut," dit Dawn en s'asseyant.

"Mmm."

"Je m'appelle Dawn."

"Je sais."

"Pour vrai?" demanda-t-elle, étonnée.

"Da! Dawn Summers. La clé humaine. La petite sœur de la tueuse. T'es faite garder par Spike et tu as vu le fantôme de ta mère. Tu n'as pas changé quand toutes les autres sont devenues des tueuses. Mais tu es belle, alors c'est pas si pire que ça."

"Et je peux savoir qui tu es?"

"Jeff. Jeff Lindquist."

Après un court silence, "Ah, ouiiiiii," dit-elle. "Le pyromane." Elle remarqua un livre de sorts, ouvert devant le jeune homme. "Tu prévois faire brûler autre chose?"

Il leva le bouquin pour qu'elle voit le titre. Elle regarda l'étrange écriture pendant une seconde.

"C'est en Sumérien?"

Jeff leva encore une fois les yeux au ciel. "C'est de l'ancien Sumérien."

"Le Sumérien, c'est ancien. C'est une langue morte," rétorqua-t-elle. "Mais tu dois déjà savoir tout ça aussi. Où est-ce que t'as appris à lire ça?"

Jeff replaça son livre. "Ma mère me l'a montré. Elle enseigne ici. On vit dans les quartiers des Observateurs. Et toi?"

"J'habite avec ma sœur."

"Et je dis encore, 'da?'. Je voulais dire…qui t'as appris?"

"Oh, Eh bien…Giles a commencé et ensuite j'ai continué par moi-même."

Ils continuèrent de parler. Andrew, lui, brûla le déjeuner pour la énième fois.

INT. Hôtel de ville – Matin

Cleveland

Willow attendait patiemment que le préposé ait fini de finaliser la paperasse que le plombier lui avait remise pour mettre à jour le système de gicleurs.

Elle ne vit pas la jeune femme qui venait de sortir du bureau de l'autre côté du corridor. Amy avait terminé de placer le dernier talisman dans les bureaux de l'hôtel de ville.

"Vous êtes certaine que vos détecteurs de fumée respectent les normes?" demanda le préposé. "Parce que ce qu'on fait là concerne seulement la plomberie."

"Oh oui, des détecteurs à la fine pointe de la technologie, qui détectent tout ce qui fume," répondit Willow en souriant.

Le préposé lui rendit son sourire.

Ethan s'approcha d'Amy par derrière. Celle-ci était en train d'espionner la scène, cachée de l'autre côté d'un coin du corridor.

"Si tu essaies de passer inaperçu, espionner de cette façon-là ne t'aidera pas. Tu devrais plutôt lancer un sort d'invisibilité. Comme ça, personne aurait à te voir," ajouta-t-il dans un souffle.

"Silence," chuchota-t-elle.

"C'est fou. On dirait que tu viens de voir un fantôme. Mais inquiète-toi pas, je suis sûr qu'il aura bien plus peur de toi que toi de lui…s'il a une quelconque intelligence."

Amy ne portait pas attention à lui. Il se déplaça pour voir ce qu'elle regardait. Une cliente parlait avec le préposé. Ethan se retourna vers Amy, se demandant pourquoi elle s'intéressait tant à la conversation.

"Je la connais," dit Amy à voix basse. "Elle pourrait faire tomber notre couverture."

"Oh, parfait, alors restons planté là en attendant qu'elle te remarque."

La voix de la cliente parvint enfin aux oreilles d'Ethan.

"Et une autre fois, je venais juste de finir de donner mon cours que le système d'arrosage s'est déchanché…"

Ethan tourna lentement la tête, ne sachant pas pourquoi cette voix lui semblait si familière. Tout ce qu'il pouvait voir était une masse de cheveux roux. Soudainement, la cliente échappa son stylo. Elle se pencha pour le ramasser et, quand elle se redressa, Ethan pu enfin voir son visage.

"Eh bien, eh bien! Quelle chance. Mais qu'est-ce qu'elle fait là?"

"Vous la connaissez aussi?" demanda Amy.

"C'est l'amie de la Tueuse. Holly…Cherry…Wisteria…"

"Willow. Willow Rosenberg."

"Oui. Une rumeur circule dans le sous-sol, prétendant qu'elle se serait mise dans le trouble il n'y a pas si longtemps. À ce qui paraît, elle a été attirée par la magie noire et a été jusqu'à écorcher vif un être humain, juste en le regardant. Elle a l'air très puissante," dit-il sur un ton admiratif.

"Qui vous a parlé de ç…"

"Comment ça se fait que tu la connaisses?" demanda Ethan.

"J'ai vécu à Sunnydale. Je suis allée à l'école avec Buffy, Willow et le reste des…"

"Ah oui, la Tueuse et ses Droopies."

"Scoobies," corrigea Amy.

"Peu importe. Donc, tu les connais bien…Rupert Gi…"

"Shhh!" Par ici," dit Amy en tirant Ethan dans un coin près des ascenseurs en voyant Willow se diriger vers eux.

Dos au mur, Amy attira l'homme vers elle et pressa ses lèvres contre les siennes. Elle le maintint fermement ainsi, lui empoignant les cheveux.

Willow tourna le coin et vit le couple. L'homme, qui était dos à elle, cachait presque entièrement la femme. La rouquine sourit et se détourna.

Ethan se mit à bouger, inconfortable contre les minces lèvres d'Amy. Cette dernière ouvrit les yeux et vit que l'ascenseur était encore loin d'arriver. Ethan voulut rompre le contact, mais elle lui enfonça les ongles dans le cuir chevelu pour le retenir.

En attandait l'ascenseur, Willow se dandinait d'un pied à l'autre, essayant de ne pas regarder le couple. Après un long moment, l'ascenseur arriva enfin. Et, après une autre éternité, les portes se décidèrent à s'ouvrir.

"L'ascenseur est…euh…arrivé," dit-elle. Le couple ne broncha pas. Elle baissa la tête et entra dans la cabine. "Allez donc vous chercher une chambre," maugréa Willow en pressant le bouton.

Les portes se refermèrent…

…et une gifle résonna dans le corridor.

"Quoi?" protesta Ethan, la main sur la joue. "C'est toi qui a commencé…Agace."

"Allez," dit Amy. "Je veux savoir où elle va."

"Ou qui elle va voir," ajouta l'homme alors qu'ils couraient vers la cage d'escalier.

Willow sortit par la porte principale de l'hôtel de ville et descendit la rue jusqu'à une voiture qui l'attendait. Quelques secondes plus tard, Amy et Ethan sortirent prudemment de l'immeuble.

"La voilà," dit Amy.

Ils prirent la rouquine en filature.

Willow s'arrêta à côté d'une Aston Martin argentée et Ethan empêcha Amy d'aller plus loin.

"Ripper…" dit Ethan dans un souffle.

"Qui?"

"T'as pas changé, hein, mon vieux?"

"Vous parlez de Giles? Ouais," dit Amy. "Buffy était sa petite tueuse favorite, et maintenant Willow est sa sorcière préférée."

"Ah, cette chère jalousie et une pincée de quoi…de la pure haine?"

"Ça n'a rien à voir avec la haine; seulement le pouvoir. Elle l'a, et je le veux."

"Vite," dit Ethan, "ils s'en vont. Taxi!"

Une voiture jaune s'arrêta devant eux et ils y montèrent en vitesse.

"Où allez-vous?" s'enquit le chauffeur.

"Ça fait un peu cliché," répondit Ethan, "mais suivez cette voiture!"

Après quelques minutes, ils avaient quitté le centre-ville et se dirigeaient vers le Lac Érié. Quand le véhicule argenté s'engagea sur le chemin menant à un gros immeuble de brique, Ethan demanda au chauffeur de s'arrêter.

"Attendez-nous," lui dit-il. "Nous ne serons pas longs."

"Je ne suis pas payé à rien faire."

"Vous le serez. Croyez-moi," dit Ethan en lui montrant une liasse de billets de banque.

"Oh, alors pas de problème," dit le chauffeur en souriant et en arrêtant le moteur.

Ethan et Amy marchèrent le long de la route en faisant attention de ne pas se faire repérer. Ils s'arrêtèrent près d'un groupe d'arbres.

Trois jeunes femmes sortirent de l'immeuble, et Giles et Willow parlèrent avec elles. Ils rentrèrent tous à l'intérieur.

"Alors, Ripper…tu as ouvert un magasin ici. Et tu arbore la bannière des Observateurs. Mais où donc est ta tueuse?" dit Ethan en se moquant.

"Elle n'est pas ici, elle n'est plus avec Giles," répondit Amy. "Mais celle-là, celle au bout avec les cheveux longs, c'est la sœur de Buffy, Dawn."

"Eh bien," dit Ethan, surpris qu'elle en sache autant. "On dirait que tu en sais beaucoup sur Ripper, la petite sorcière et leurs amis. Et on dirait qu'il s'est tanné des blondes et qu'il s'est rabattu sur les rousses."

"Croyez-moi," dit Amy, "il n'y a rien entre Giles et Willow. Pas dans le sens où vous l'entendez, en tout cas."

"Oh, tu ne connais pas Ripper aussi bien que moi."

"Vous ne connaissez pas Willow," rétorqua Amy.

"Oh, je vois. C'est une gentille petite fille sage."

"Non. Elle est lesbienne."

"Ah. Et t'es sûre que t'es pas jalouse?"

INT. Chambre d'Ethan – Hôtel Hyatt Regency – Soir

Cleveland

Cette nuit-là, seul dans sa chambre, Ethan s'adonna à la magie. Il était assis sur le sol, torse nu. Des bougies étaient disposées en cercle devant lui. À l'intérieur du cercle se trouvait un morceau de papier sur lequel était écrite l'adresse du nouvel immeuble des Observateurs. Une vieille photo de Giles, le montrant quand il était jeune, se trouvait sous la feuille.

Ethan prit la photo pour la regarder.

"C'est vraiment dommage," dit-il à voix basse. "Tout allait bien pour toi, et…" Il soupira. "Et tu as réussi à tout foutre en l'air," termina-t-il avec dégoût. "Oh, bon," murmura-t-il gravement. "Voyons voir si on peut arranger ça."

Il enveloppa des herbes avec le papier sur lequel il y avait l'adresse. Puis, il plaça le tout par dessus la photo et y saupoudra de la poudre de crapaud. Finalement, il récita:

"Par cette nuit noire

et cette rouge flamme,

Tu ne pourras différencier

le bien du mal.

Et ceux qui restent, avec toi,

La tête haute,

Soyez assiégés

et faites face au chaos."

Il frappa ses mains ensemble. Le papier s'embrasa et la flamme avala tout…sauf la photo de Giles.

INT. Chambre d'Amy – Hôtel Hyatt Regency – Soir

Cleveland

Dans la chambre adjacente, Amy Madison travaillait sur un sort plus direct. Mais, comme elle n'avais pas de photo de Willow, Ethan en avait fait le portrait. La flamme produite brûla absolument tout, incluant le dessin.

INT. Chambre d'Ethan – Hôtel Hyatt Regency – Soir

Cleveland

Ethan prit la photo du jeune Giles et lui sourit presque chaleureusement. "Tu sais, mon vieux," dit-il à l'image, "Cyril avait raison. Je commence à vraiment aimer ce boulot."

INT. Cuisine du Conseil des Observateurs – Matin

Cleveland

C'est Andrew qui remarqua le problème le premier. Dans la cuisine, le robinet d'eau chaude contrôlait l'esu froide, et vice versa. Giles, quant à lui, s'en rendit compte en prenant sa douche, quand l'eau chaude bienfaisante fut remplacée par un semblant de glacier islandais.

Dans l'ensemble de l'immeuble, les interrupteurs fonctionnaient à moitié. Certains allumaient toutes les lampes, alors que d'autres n'avaient absolument aucun effet. Deux des plafonniers du dortoir des filles explosèrent complètement dans une pluie de verre et d'étincelles.

Dawn n'eût connaissance de rien comme elle était encore profondément endormie.

L'alarme de son réveil-matin se déclencha et la jeune femme appuya sur le bouton pour l'arrêter. Puis, elle se recoucha et remonta les couvertures par dessus sa tête pour bloquer la lumière du soleil. Le cadran sonna à nouveau. Elle l'arrêta. Cela se produisit encore plusieurs fois avant qu'elle se décide à retirer les piles. Elle les lança sur le sol, où elles roulèrent sous le lit. Après quelques instants de silence et de calme, Dawn sourit et prit une profonde respiration en glissant vers le sommeil.

Le store de la fenêtre remonta et heurta la tringle avec tant de force que celle-ci tomba. Les rayons du soleil baignaient maintenant le visage de Dawn. Elle soupira en regardant le plafond.

EXT. Hôtel de ville – Matin

Cleveland

"Ils devraient commencer à en ressentir les effets," dit Ethan à Amy sur le chemin de l'hôtel de ville.

"Je ne comprends pas," dit Amy. "Qu'est-ce qu'il y a entre vous et Giles?"

"Plus qu'il n'osera jamais l'admettre," répondit sérieusement Ethan.

"Si vous avez besoin d'aide…"

"Ma chère, Ripper est la seule personne avec qui je n'ai pas besoin d'aide. À présent, terminons de placer ces talismans. On en a juste besoin de quelques autres avant de pouvoir faire l'incantation."

"Je pense qu'on vise trop grand. On n'arrivera jamais à contrôler autant de personnes en même temps. Je veux dire…tout le conseil de ville, et…"

"Oui, mais tu vois, ma chère…chère assistante…ce sont des politiciens. Ils sont facilement influençables. Ça serait différent s'ils étaient capables de penser par eux-mêmes. Et même si l'un d'entre eux y arrivait, ça ne serait pas un problème pour moi."

"Pour moi non plus."

"C'est ce qu'on dit tous…"

Amy se retourna vivement vers lui, mais Ethan continua d'avancer comme s'il n'avait rien remarqué. Elle se tenait sur le trottoir, perdue dans ses pensées.

En arrivant à l'entrée de l'immeuble, Ethan se tourna finalement vers elle.

"Alors? Je travail seul maintenant?" lui dit-il. "Bon, parfait. C'est ce que je voulais, de toute façon." Il ouvrit la porte et entra sans ajouter un mot.

Amy le suivit.

INT. Salle de magie de Willow – Matin

Cleveland

Willow entra dans la pièce en souriant. Elle remarqua que Dawn était près de Jeff. Comme d'habitude, les étudiants se tenaient debout derrière leur bureau.

"Bénie soit la terre.

Bénie soit l'eau.

Béni soit le ciel.

Et nous, leurs fils et leurs filles.

Bénies soient nos mains.

Bénis soient nos esprits.

Béni soit notre travail.

Faites que l'ont puisse aider la race humaine."

Et, comme d'habitude, Willow leur assigna à chacun un sort facile à lancer pour débuter le cours. Aujourd'hui, cependant, c'était un peu plus ardu. Ils devaient tirer leur chaise sans y toucher.

Willow en fit la démonstration en fixant sa propre chaise. Immédiatement, celle-ci recula jusqu'à ce qu'elle ait atteint la distance désirée, et Willow s'assit.

Les élèves fixèrent leur chaise. Dawn haussa les épaules et décida d'essayer.

Au départ, seules une ou deux chaises bougèrent en raclant le plancher. Puis, un peu après, presque toutes les autres chaises les imitèrent. Les étudiants y prirent place.

La chaise de Dawn sembla bouger, attirant l'attention de Willow.

Après s'être levée pour mieux voir, Willow aperçu le petit sourire qu'arborait Dawn. Puis, baissant les yeux, elle remarqua d'où provenait le pouvoir de Dawn. Elle poussait la chaise avec son pied. "Dawnie!" dit Willow en riant.

"Ben quoi, ça t'a fait regarder," dit Dawn avec un sourire."

La chaise de Jeff, la seule à ne pas avoir bougé, se mit soudainement de la partie. Elle fit un saut périlleux vers l'arrière, par dessus un bureau. Deux des élèves durent plonger au sol pour ne pas se faire frapper et elle alla s'écraser contre le mur.

Dans la pièce, tout était maintenant silencieux. Tous les yeux passèrent de la chaise à Jeff, qui se tenait les poings serrés. La colère se lisant sur son visage.

Willow fronça les sourcils. "Encore une fois, un peu trop d'énergie pour…"

"Wow," dit Dawn. "C'était...wow. Même Will n'était pas aussi forte quand elle a com…"

Dawn entendit les gloussements de quelques unes des filles.

Jeff détourna le regard. Il tira une autre chaise et s'assit.

Dawn prit silencieusement sa place.

Willow lança un regard aux filles qui riaient, mais parla gentiment. "C'est toujours une bonne chose d'avoir le pouvoir. Mais, parfois, ça peut être difficile de le contrôler. Ça vient avec l'âge, la pratique et la patience. Et ça en vaut la peine. Croyez-moi."

Willow allait s'asseoir mais sa chaise recula et alla s'écraser sur l'autre mur. Elle tomba par terre et les étudiants accoururent. Elle leva la tête. "Jeffrey…tu viendras me voir après le cours. Tout le monde, asseyez-vous. Et personne ne fait ni ne dit rien. Retournons à nos moutons."

Dawn chuchota à Jeff, "Conseil d'amie…fais pas choquer Willow."

"C'était pas moi," dit-il à voix basse.

"Qu'est-ce que t'as dit?" demanda Willow.

"J'ai dit que c'était pas moi," dit-il plus fort.

Les élèves gloussèrent encore. Willow allait dire quelque chose mais l'expression de Dawn la fit taire. Alors elle continua son cours.

"Si ce n'était pas toi," chuchota Dawn, "alors qui tu penses que c'était?"

"Aucune idée. Mais quand je l'aurai découvert…"

"Shh," dit Dawn en voyant le regard de Willow posé sur eux. "On mènera notre petite enquête plus tard…après l'école."

Jeff la regarda, l'air étonné. Dawn se contenta de lui sourire et il se surpris à faire de même.

INT. Hôtel de ville – Tard le matin

Cleveland

Une heure plus tard, Ethan et Amy quittèrent l'hôtel de ville. L'homme transportait une liste.

"On s'occupera des directeurs demain…dès que j'aurai préparé ce dont on aura besoin."

"Parfait," dit Amy. "J'aimerais faire un peu de magasinage aujourd'hui."

Ethan s'arrêta. "Du magasinage? Je pensais que tu aurais voulu m'accompagner à la nouvelle maison de Ripper et…"

"Ouais, ouais. Vraiment. Mais je…bien…une fille a besoin de certaines choses, vous comprenez? On aura amplement le temps pour Rip…euh, Giles," dit-elle. "Et Willow."

"Je vois…Bon, alors on se voit à l'hôtel ce soir."

Ils se séparèrent et prirent deux taxis différents.

"Où vous allez?" demanda le conducteur à Ethan.

"Vous voyez le taxi qui vient de partir? Celui qui est arrêté à la lumière?"

"Ouais."

"Suivez-le."

INT. Corridor arrière – École des Observateurs – Midi

Cleveland

"T'avais pas raison, Ken…quand t'as dit que Jeff savait ce qu'il faisait."

"Willow, il a envoyé valser ta chaise!"

"Oui, peut-être. Bon ok, il l'a fait. Mais c'est juste un enfant et…et il a beaucoup de…de potentiel. Il doit seulement apprendre à contrôler son pouvoir, c'est tout. Et c'est un ado avec énormément de colère refoulée et…et je sais que rien n'augmente le pouvoir d'un sorcier autant que…bien…être sur les nerfs."

Kennedy la regarda impatiemment. "Non. Tu as fait une erreur en le laissant suivre le cours de magie. Il est incapable de se contrôler. Et il a déjà assez de problèmes comme ça, sans la magie. À moins que tu aies oublié le petit incident avec la lessive?"

"Bien…tout a été remis à sa place. Même les sous-vêtements…"

"Allô? Il a tout fait voler quand le conseil de ville est venu pour donner son accord à Giles…"

"Aucun sous-vêtement n'a été blessé."

Kennedy se détourna, dégoûtée.

"Et ils avaient tous une bonne odeu…"

"Willow! Ça, on s'en fiche!" dit Kennedy.

"Écoute, Ken. Étant ta blonde, je te dis ça avec amour. Ça ne fait pas partie de ton domaine, ok? Oui, il a des problèmes avec ses émotions, mais il n'est pas si différent de ce que j'étais dans le temps et…et si j'avais eu quelqu'un pour m'aider à différencier le bien du mal, j'aurais…Bon, disons juste que les choses auraient pu être différentes pour moi."

Kennedy n'en tenu pas compte. "Et qu'est-ce que tu vas faire s'il veut joindre le Couvent? Personne ne veut de lui là."

"Il ne peut pas joindre le Couvent."

"Bien. Quoi? Pourquoi? Il peut faire de la magie…alors pourquoi il ne pourrait pas entrer? Pas que ça me dérange…"

"Outre le fait que toi et tous les autres pensent qu'il est…de la mauvaise graine? Parce qu'il n'a pas dix-huit ans. On doit être un adulte pour entrer dans un Couvent. Quelques sorts et rituels sont trop adultes pour qu'un…un enfant y participe. Et quelques-uns sont vraiment trop osés. Tu sais…nus…ça commence avec des robes rugueuses, mais ensuite…"

"Elles tombent?" Kennedy fit face à Willow avec un air séduisant.

"Ouais. Elles…"

Kennedy pressa ses lèvres contre celles de Willow, et elle s'embrassèrent doucement pendant un moment.

"Tu sais, je pense que j'aimerais joindre ton Couvent," dit Kennedy. "Ou peut-être qu'on pourrait avoir une séance privée de ce genre de rituels.

"Mmmmmm…Ken…mmmmmnnn…Ken, chérie, il faut que j'aille préparer le cours de la semaine prochaine. On se voit après le souper…alors on pourra peut-être…trouver quelques robes rugueuses."

"Des cordes rugueuses? Ça m'intéresse," dit Kennedy en souriant malicieusement. Elle se rendit ensuite vers son prochain cours.

"J'ai dit des robes!" cria Willow en souriant. Puis, elle se dirigea vers l'escalier du fond pour éviter tous les étudiants revenant de leur dîner.

Elle ouvrit la grande porte de métal sans faire attention à l'affiche. La lumière intense l'éblouit, et elle dût attendre quelques instants pour que ses yeux s'habituent. Elle commença à descendre les marches avec précaution.

C'est alors que ça se produisit.

Ses jambes devinrent molles et la nausée la submergea. Elle agrippa la rampe pour se retenir, mais celle-ci se détacha.

"Oh!" cria-t-elle en tombant.

Elle atterrit la face la première et fut incapable de bouger. Elle n'arrivait plus à respirer. Elle toussa quand l'air revint.

Elle essaya de se relever, mais son genou droit lui faisait trop mal et elle était incapable de le plier. Quelque chose d'humide coula le long de son front jusqu'à sa lèvre, et elle reconnu le goût métallique du sang.

"Ken…" dit-elle, la voix tremblotante, alors qu'elle essayait de se relever à l'aide de ses mains. "Gi…"

Ses bras lâchèrent et sa joue heurta le sol. Elle gisait ainsi, inconsciente, dans la lumière crue du soleil, couverte de morceaux de ciment.

EXT. Hôtel Hyatt Regency – Après-midi

Cleveland

"Arrêtez-vous ici," dit Ethan au chauffeur de taxi quand la voiture transportant Amy s'arrêta devant l'hôtel.

Il lança des billets au conducteur, sans se soucier du montant, et sortit du véhicule.

"Hé, monsieur, votre monnaie…"

Ethan entra dans l'immeuble derrière Amy et vit la porte de l'ascenseur se refermer. Rapidement, il entra dans l'autre cabine et monta à l'étage où se trouvaient leurs chambres. Il arriva juste à temps pour voir la porte de la chambre d'Amy se refermer.

Silencieusement, il entra dans la sienne et colla son oreille à la porte communicante.

"Bénis soient les dieux maléfiques, la source de mon pouvoir, mes guides spirituels et ma force…"

Ethan écouta attentivement.

"…venez à moi."

Les yeux de l'homme s'agrandirent quand il reconnu l'incantation.

"…venez, régnez sur ce monde et ses beautés. Sortez de l'ombre et régnez sur le vent, l'eau et la terre, pour que même le feu s'incline devant vous."

Amy enflamma les ingrédients du bol placé devant elle. Ils se mirent à briller, et la flamme monta très haut.

"Levez-vous! Levez-vous tous!"

Elle saupoudra d'autres herbes dans la bol. La flamme mourut, puis se ralluma.

Amy continua avec d'autres herbes. Cette fois, cependant, lorsque la flamme mourut, elle sembla aspirer l'air autour d'elle.

Amy baissa les yeux et vit que tous les ingrédients s'étaient désintégrés.

Elle sourit.

"Par Janus et tous les dieux," murmura Ethan. "Qu'est-ce que t'as fait?"

Ethan ne bougea pas jusqu'à ce qu'il entende la porte de la chambre d'Amy se refermer. Il la suivit hors de l'hôtel jusqu'à un téléphone public de l'Arcade Shopping Center. Il l'entendit prononcer le nom de Cyril Rodham, et elle dit quelque chose à propos d'une tâche accomplie. Elle raccrocha et alla magasiner.

Une fois qu'elle fut sortie de son champ de vision, il se rendit au téléphone. "C'est Rayne. J'ai besoin d'une information. J'aimerais savoir s'il y a une bouche de l'enfer à Cleveland ou dans les environs. Non, Cleveland, New Jersey…Bien sûr, Ohio! Oui, j'attends...comme si j'avais le choix."

INT. Corridor arrière – École des Observateurs – Soir

Cleveland

"Où on va?" demanda Dawn à Jeff.

"Le lieu de rendez-vous secret."

"Hein?"

"Le lieu de rendez-vous secret. À chaque fois que le groupe veut faire de la magie sans que Willow soit au courant, ils vont là."

"Ils font de la magie sans surveillance?"

"Ouais. Ça et boire de la bière et fumer."

"Si c'est si secret, comment ça se fait que tu sois au courant?"

"Parce que je les suis. Et je les regarde, et je les écoute lancer des sorts. Ça devient lassant. Ils parlent des mêmes choses sans arrêt, surtout de vêtements et de garçons…et de moi."

"Qu'est-ce qu'ils disent sur toi?"

"C'est pas important."

Voyant son expression, Dawn comprit qu'il ne fallait pas insister.

"Alors, pourquoi on va au lieu de rendez-vous secret?" demanda-t-elle.

Jeff leva les yeux au ciel. "Si on veut savoir qui a fait ça à la chaise de Willow, on doit trouver des indices."

"Où des sorts sont jetés…en secret…dans le lieu de rendez-vous secret."

"Wow," dit Jeff sarcastiquement. "Est-ce que tous les Scoobies étaient aussi intelligents que toi?"

Dawn se retint pour ne rien répondre.

"Par là," lui dit-il. Ils marchèrent dans un long et sombre corridor à l'arrière de l'immeuble.

"On est dans quelle partie du building?" demanda Dawn.

"T'as peur?"

"Non. Seulement…j'ai jamais vu cette partie de l'immeuble, c'est tout."

"T'as peur," conclut Jeff.

"Hé!" s'exclama Dawn. "J'ai vu des choses bien plus épeurantes dans ma vie. Un corridor, c'est rien comparé à tomber face à face à un ubervamp."

"De ce côté," dit Jeff comme s'il n'avait rien entendu.

Il la guida jusqu'à la porte menant au lieu de rendez-vous secret. Dawn ne vit presque rien de l'affiche qui ornait la porte. Mais les mots 'Limite' et 'Danger' lui sautèrent aux yeux. Jeff ouvrit la porte.

"Ils ne sont pas là ce soir. Sinon on aurait vu la lueur des cigarettes et des chandelles." Ils sortit une lampe de poche et l'alluma.

"Tu avais une lampe pendant tout ce t…Hé! C'est quoi, ça? Là, en bas!"

Jeff éclaira l'endroit que Dawn indiquait. En bas des marches gisait une silhouette familière."

"Ohmondieu, ohmondieu," dit Dawn en dévalant les marches.

"Attention!" l'avertit Jeff.

"Willow!" s'écria Dawn. Un de ses pieds glissa sur une marche et elle faillit tomber. Heureusement, elle retrouva l'équilibre juste à temps. Elle accourut auprès de la rouquine.

"Willow? Willow!" Elle lui souleva doucement l'épaule.

Jeff s'agenouilla à côté de Dawn.

"Est-ce qu'elle…elle n'est pas…elle est en vie, hein?"

"Elle est en vie," répondit calmement la jeune femme en retirant ses doigts du cou de Willow. "Elle est inconsciente."

Jeff voulut soulever la sorcière par les épaules.

"Non! Elle pourrait avoir quelque chose de cassé," dit Dawn en le repoussant. "Va chercher Giles," ordonna-t-elle fermement. "Dis-lui que Willow a déboulé les marches et qu'elle a perdu connaissance. Et donne-moi la lampe."

Alors que Jeff montait les marches quatre à quatre, Dawn re-vérifia le pouls de Willow.

Elle entendit les pas du jeune homme s'éloigner. Elle baissa les yeux vers la tête de Willow, les cheveux collés par le sang.

"Faites qu'elle n'ait rien…"

 

Continued